1850 : Départ pour l'Icarie
C’est décidé : en 1850, Jean Humbert vend le peu de biens qu’il possède pour financer son passage et celui de ses enfants vers La Nouvelle-Orléans. Il est fermement résolu à emmener tout son petit monde en Icarie, cette terre de promesse décrite par Cabet.
Mais l’entrée dans la communauté ne se fait pas sans conditions. Pour pouvoir embarquer, il faut :
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être adhérent depuis au moins trois mois à la Société fraternelle de Cabet,
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avoir une conduite morale irréprochable,
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disposer d’un apport minimum de 600 francs pour subvenir aux premières dépenses,
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apporter avec soi un trousseau complet : vêtements, chaussures, draps, couvertures…
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et, enfin, porter un uniforme de départ au moment de l’embarquement au Havre, destiné à distinguer les Icariens des autres passagers : tunique en velours noir et chapeau en feutre gris.
(Ces critères, encore relativement souples à l’époque, seront portés plus tard à 48 conditions détaillées par Cabet lui-même !)
Jean fait ses adieux. Un dernier baiser à François, son demi-frère, un autre à Marie-Thérèse, sa demi-sœur. Puis il prend la route vers Le Havre, via Paris, le cœur battant d’espoir et d’inquiétude.
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| Départ pour l'Icarie (sources AQAF) |
Il faut compter près de cinquante jours pour atteindre La Nouvelle-Orléans, première étape du périple. À bord du navire Orlando, Jean Humbert et sa famille affrontent la promiscuité, les conditions rudimentaires et l’incertitude du lendemain. Mais l’espoir d’un avenir meilleur les tient debout.
Le 7 août 1850, le Orlando accoste enfin au port de La Nouvelle-Orléans. Les passagers débarquent, fatigués mais soulagés. L’événement est suffisamment notable pour que le quotidien local The Daily Crescent en fasse mention dès le lendemain : les nouveaux Icariens sont là, venus de France, portant leurs tuniques noires et leurs espoirs d’égalité.
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| The Daily Crescent - 1850 - Library of Congress |
La liste des passagers du Orlando : toute la famille est bien présente
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| Liste des passagers arrivés à La Nouvelle-Orléans - 1820-1945 (Sources : Family Search ) |
Mais il ne faut pas s’éterniser. Cabet, qui redoute les mauvaises influences de la grande ville, a expressément demandé que les nouveaux arrivants ne restent pas plus de trois jours à La Nouvelle-Orléans. Il faut repartir vite, rejoindre la colonie désormais établie à Nauvoo, dans l’Illinois.
La traversée du Mississippi s’effectue probablement à bord d’un vapeur comme l’American Eagle, souvent utilisé à cette époque. Il faut encore remonter le fleuve jusqu’à Saint-Louis (Missouri), puis poursuivre jusqu’à Nauvoo, dans le comté d’Hancock (Illinois).
La famille s’installe au sein de la communauté icarienne. Les enfants reprennent le chemin de l’école, et Jean retrouve naturellement son métier : agriculteur au sein de la colonie. Le lien est désormais scellé : Icarie fait partie de sa vie, discrète mais constante toile de fond.
Août 1853 : un nouveau tournant familial
Une grande nouvelle vient bouleverser la vie de Jean : sa demi-sœur Marie Thérèse, âgée de 53 ans, arrive à Nauvoo, accompagnée de son mari, Rémy Laurent Roland. Le couple n’arrive pas seul : il est suivi de sept enfants, les trois premiers issus du premier mariage de Rémy Laurent Roland — Marie Adélaïde, Charles Louis et Julie Hortense — ainsi que quatre enfants nés de leur union : Marie Sidonie, Jean Hubert, Catherine Rosalie et Maria Antoinette.
Peu de temps après, une autre nouvelle surprend la colonie : Jean, 48 ans, se remarie. Le mariage est célébré le 12 octobre 1853, par le juge de paix de Carthage, petite ville à une trentaine de kilomètres de Nauvoo.
Et la mariée ? Ce n’est autre que Marie Adélaïde Roland, sa belle-nièce par alliance, âgée de 26 ans, née le 18 avril 1827 à Ménil-en-Xaintois, dans les Vosges. Fille de Rémy Laurent Roland et de sa première épouse Marie Thérèse Dillet.
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| Mariage de Jean Humbert et Marie Adélaïde Roland - Carthage - Illinois - 1853 (Sources : Family Search) |
La même année, la colonie de Nauvoo décide d'envoyer des éclaireurs à Corning, dans le comté d'Adams (Iowa), à 350 km, sur des terres achetées pour fonder une nouvelle Icarie. Jean et Adélaïde se portent volontaires.
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| Google Maps |
Ils s’installent à Jasper Township, quelques miles au sud de Corning. Leur fille Marie y naît, suivie de Michel Alfred en 1855. Jean acquiert en 1856 un terrain de 40 acres, qu'il améliore puis revend à deux de ses fils aînés. Le couple prévoit de retourner dans l'Illinois.
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| Bureau of Land Management |
Nouvelle naissance en 1859 celle de Julie à Nauvoo où le couple y est recensé sous le nom de "Humbard"
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| Recensement Nauvoo - 1860 - Jean et Adélaïde Humbert (Sources : Family Search) |
Retour dramatique en France (1861)
En janvier 1861, la famille est en transit à Paris. Mais le séjour vire au drame :
le 26 janvier, Julie, la benjamine, est hospitalisée à Necker pour une rougeole foudroyante.
Registre des entrées et sorties - Hôpital des enfants malades Necker - Sources : Archives AP-HP
Le 4 février, Adélaïde est à son tour hospitalisée pour une perforation de la veine palatine.
Le 11 février, Julie décède.
Le 12, Adélaïde sort de l’hôpital, récupère Marie et Alfred, placés au dépôt.
Ils partent aussitôt pour les Vosges. Mais nouveau coup dur :
Le 25 février, Jean déclare à la mairie de Ménil-en-Xaintois le décès de Michel Alfred ;
20 jours plus tard, c’est Marie qui meurt à son tour.
Partis à cinq, ils repartent dans l'Illinois à deux, il est urgent de rentrer la guerre de sécession débute en Amérique et les ainés de Jean vont être enrôler.
Retour aux États-Unis à Nauvoo (1862)
Et naissance de leur fils Jules Jean le 03 mai 1862 et celle de Auguste Jean le 20 décembre 1866.
Le couple figure encore dans le recensement de 1865 à Nauvoo, puis je perds sa trace jusqu'en 1878 avec le décès de Jean Humbert le 15 novembre 1878 à Des Moines (Iowa), chez son fils Charles. Il est inhumé au Woodland Cemetery. Il ne reste presque rien de sa tombe.
Et Adélaïde ?
Adélaïde, elle, réapparaît seule, veuve, dans le recensement de 1886 à Ménil-en-Xaintois dans les Vosges. En consultant les registres de passagers, on constate que le couple a effectué plusieurs allers-retours entre la France et les États-Unis.
Elle ne figure plus dans celui de 1896 – le recensement de 1892 est lacunaire – elle est repartie aux États-Unis, mais cette fois, dans l’Arizona, à Camp Verde (comté de Yavapai), elle y retrouve ses deux fils : Jules et Auguste. Elle y est recensée en 1900.
Elle finit par s’installer à quelques miles de là, à Jerome, où elle s’éteint le 27 mai 1904.
Je n'ai pas réussi à retrouver son acte de décès seul un encart dans le journal local en fera état.
Weekly Journal Miner - Prescott - Arizona - En date du 08/06/1904 - Newspapers
C'est ainsi que s'achève l'histoire de Jean Humbert en Icarie...mais il y aurait encore tant à raconter sur sa descendance !











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