Pour cet article, j’ai choisi une autre voie. Plutôt qu’un simple récit général, je vous propose de suivre l’histoire d’une famille vosgienne : celle de Jean Humbert, jeune veuf, qui quitte les Vosges à 44 ans avec ses sept enfants — âgés de 5 à 18 ans — pour embarquer au Havre, destination : l’Amérique.
Une histoire banale, me direz-vous ?
Pas tant que ça… car je vous emmène en Icarie !
Prêt pour le voyage ? Suivez-moi…
Saint-Prancher, un village vosgien
Tout commence à Saint-Prancher, un petit village situé dans une plaine aux confins des Vosges, de la Meuse et de la Meurthe-et-Moselle. En 1792, il compte 232 habitants ; ils ne sont plus que 73 en 2020. Un ruisseau traverse ce territoire principalement agricole, avec 80 % de terres cultivées, dont 40 % de terres arables.
Jean Humbert, une enfance sans père
Jean Humbert naît le 6 mai 1805. Son père, Nicolas Humbert, alors âgé de 59 ans, s’est remarié après avoir perdu sa première épouse. De ce second mariage avec Anne Marguerite Didier naît un seul enfant : Jean. Mais ce dernier ne connaîtra jamais son père, décédé l’année suivante.
Restée veuve à 29 ans, Anne Marguerite, qui ne se remariera pas, élève seule son fils ainsi que les deux enfants nés du premier mariage de Nicolas.
Marguerite Aubry, elle aussi orpheline
Marguerite Aubry, née en juin 1804, est la fille du tisserand Pierre Aubry et de Marguerite Guidon, décédée à peine un an après sa naissance. Devenu veuf, Pierre se remarie rapidement avec Marie Humbert, qui élèvera Marguerite comme sa propre fille.
Mariage et deuils :
Le 28 janvier 1829, Jean Humbert épouse Marguerite Aubry. Le couple s’installe à Saint-Prancher.
Leur premier enfant, Sébastien, naît en janvier 1831 mais meurt trois mois plus tard.
Marguerite donne ensuite naissance à sept autres enfants :
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Léon Hubert (1832),
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Marguerite (1834),
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Jean-François (1837),
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Pierre Sébastien (1838),
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Pierre Pancrace (1840),
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Charles (1843),
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Joseph (1845).
Huit enfants en tout, dont sept garçons. Mais le sort frappe à nouveau : Marguerite meurt à 43 ans, en novembre 1847, laissant Jean seul avec ses enfants.
Un tournant décisif :
À cette époque, la France est en pleine agitation.La Révolution de 1848 renverse la monarchie. Des idéaux nouveaux circulent, c'est à cette période que Jean croise sur sa route des militants socialistes, comme le nommé Jean-Baptiste Gérard, un vosgien lui aussi, fervent disciple d’Étienne Cabet, qui rêve d'établir une colonie utopique aux États-Unis : l'Icarie, fondée sur l’égalité et le travail collectif.
Dans une lettre, Gérard écrit :
« Pour nous, soldats les plus avancés du progrès, si le succès couronne nos efforts, ne pourrons-nous (sans orgueil) nous en glorifier ? Oh ! oui, Icarie fondée sera notre gloire… »
La misère, le veuvage, l’espoir d'un monde meilleur, d’un avenir plus juste pour ses enfants, Jean fait alors un choix radical : il vend ce qu’il possède, réunit ses économies, prend ses enfants sous le bras, et quitte les Vosges.
En route pour l'Icarie...la suite
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